Le succès qu’a rencontré l’article du Monde sur l’incompréhension des élites face aux enjeux d’une société numérique est révélateur des forces qui sous-tendent tout débat au sein du monde éducatif français. Des îlots bonifiés à la classe inversée, ces pratiques pédagogiques questionnent les cadres de l’Education nationale.

En effet, ils se diffusent comme traînée de poudre d’établissement en établissement sans utiliser aucun canal officiel. La formation initiale et continue semblent bien démunies face à ces innovations pédagogiques qui parfois naissent mais surtout fleurissent sur la toile, par le biais des réseaux sociaux, des sites communautaires et autres agrégateurs de flux. Même si cela reste marginal et que de nombreux enseignants se méfient encore beaucoup des réseaux, le fait est que de plus en plus de professeurs médiatisent leurs pratiques à travers des sites personnels, des échanges de pratique en ligne, des vidéo, etc…

Du coup, méfiance généralisée face à cette autoformation spontanée de la part des enseignants. Il est de bon ton de critiquer fermement ce type de pratique. Les arguments sont toujours pédagogiques alors que de nombreux détracteurs connaissent à peine les pratiques qu’ils attaquent mais peu importe. Le vrai problème vient du fait que ces pratiques dépassent largement les cadres officiels de la formation des enseignants et c’est toute la stabilité de l’institution qui en prend un coup.

Sans pouvoir contrôler, certains préfèrent discréditer plutôt que d’accueillir avec bienveillance ces pratiques d’autoformation. Il me semble surtout urgent de chercher à les accompagner plutôt qu’à les combattre. Avec l’avènement des MOOCs francophones, de plus en plus d’enseignants français utilisent ces canaux pour mettre à jour leur connaissances disciplinaires. A travers ces pratiques, c’est bien le visage de la formation professionnelle qui évolue. A l’heure où on évoque au plus haut niveau, la création d’un statut professionnel reconnu pour le formateur dans l’éducation nationale, il paraît également urgent de s’attaquer à la formation sur le fond…

Entre autonomie et liberté pédagogique prônées dans tous les discours et le contrôle de la formation et des pratiques de classe de fonctionnaires de l’Etat, se dévoile sous nos yeux une institution qui se reconfigure lentement sous la pression du numérique…

Crédit photo : eekim